Le Canada d'Est en Ouest

mercredi, août 02, 2006

Un dimanche chez Rose Fleury, Métis de Duck Lake


Darlene me conduit jusqu’à la maison de Rose Fleury, à Duck Lake. Le mari de Rose est lui aussi un descendant de Patrice Fleury. Il faut remonter à la seizième génération pour trouver un ancêtre en France, en Haute-Savoie, en 1610. Toute la famille est métis. Quand le parc de Batoche ouvre à la balle saison, Rose est invitée à participer à la cérémonie en tant qu’ « elder of the site ». Elle aura 80 ans en novembre. C’est presqu’une star depuis qu’elle est passée à la télé dans le documentaire canadien « Sur les traces de Louis Riel » il y a trois ans.

C’est dimanche matin. Sous le porche qui sert d’extension à la maison basse, la télé est branchée sur Radio-Canada. C’est l’heure de la messe. Et Rose Fleury m’accueille en français, sa langue maternelle. Elle parle aussi l’anglais et le cree. « J’ai perdu en masse mon cree, mais je le comprends », précise-t-elle. « Aptiwakosan », c’est comme ça que les Indiens Cree désignent les Métis. Beaucoup sont francophones. Les Français, et dans une moindre mesure les Ecossais, se sont mêlés aux femmes autochtones. « Parce que toute le monde qu’est venu sont pas venus avec leurs femmes », dit Rose. Chez moi, la mère de mon arrière grand-mère était indienne, une Saulteaux (un des peuples indiens poussés vers les plaines de l’Ouest). C’est loin en arrière. De là, on a toujours mariés Métis-Métis. On est toujours restés à Duck Lake. A la maison , on parlait plus français que cree, mais quand ma grand-mère était en colère, c’est son cree qui sortait. » Aujourd’hui, la donne est différente. «Asteur, c’est tout mélangé : les jeunes, ça rencontre d’autre monde. Faut que ça soye mélangé, sinon c’est toute le même sang. »

Je ne comprends pas tout ce qu’elle dit. L’accent est proche, mais un peu différent du Québec. Et Rose n’a plus toutes ses dents. Sa maison est toujours ouverte. « Si t’échanges pas tes histoires, tu fais pas connaîtres les Métis, t’as rien faite dans c’te vie ».

Elle a quand même appris l’anglais, au couvent avec les sœurs, entre 7 ans et 11 ans. C’est là qu’elle a dû couper ses couettes. Au Canada, l’équation francophone et catholique est encore d’actualité. L’expérience l’a en tout cas assez marquée pour qu’elle se souvienne d’une phrase d’une bonne sœur, en anglais : « you’ve got to learn how to live among the others ». « Tu dois apprendre à vivre parmi les autres ». Les autres, ce sont notamment les Anglais.